mercredi, mai 07, 2008

Martin Hirsch : la méthode à l'épreuve des faits



J'ai sur la table de mon chevet depuis un peu plus d'un mois entamé un livre que je voulais absolument lire et commenter.

Ce livre se compose de deux parties et possède donc deux titres :

  1. "La chômarde et le haut commissaire", qui est un échange épistolaire entre Gwenn Rosière et Martin Hirsch sur le RSA, Revenu de Solidarité Active,
  2. "Lettre ouverte à ceux qui pensent qu'il n'y a rien à faire", sous forme d'interview
Les deux approches sont bien évidemment différentes, mais les deux ont leur intérêt... Le livre est riche, riche en informations, en échanges et explications.

Le thème central apparent pourrait être le RSA, en fait non, il s'agit plus d'un guide du "comment agir" contre la pauvreté, le RSA en étant une illustration.

Loin des dogmes et de l'émotion politique, Martin Hirsch s'applique à expliquer le cheminement du RSA. La première remarque d'importance sur sa méthode est de souligner qu'il a défini des objectifs de réalisation dans le temps. Malgré ou peut être parce que les situations de pauvreté nécessitent des actions urgentes, ce n'est pas un plan d'urgence qui est mis en place avec de grandes phrases, de beaux discours et la tarte à la crème qui va avec. Non vu la gravité du sujet les objectifs sont de réussir ce qui est possible. Expérimentation, participation des personnes concernées, implication des hommes et femmes de terrain, la méthode demande du temps et beaucoup de pédagogie, ce que d'habitudes les politiques ne savent pas bien faire.

Mais évidemment Martin Hirsch n'est pas un homme politique même s'il fait de la politique. Il n'a pas d'objectif de carrière politique et visiblement ne souhaite pas en avoir. Il croit plus en l'engagement associatif, aux démarches transpartisanes. Son poste de Haut Commissaire est un poste de Haut Fonctionnaire, et il rend toute sa noblesse à la Haute Fonction Publique.

Il ne nie pas les difficultés, ni ses engagements. Et il réussit petit à petit à faire de la lutte contre la pauvreté non plus seulement un acte de charité et de générosité, mais à concerner tout le monde par cette problématique, par ces effets économiques et sociaux. Tout comme l'écologie n'est plus un sujet porté que par les Verts, la lutte contre la pauvreté est menée via le RSA aussi bien dans les départements de gauche que de droite.

Vous voulez prendre une leçon de politique?

N'hésitez pas un instant , des lettres de la chômarde, aux relations de Hirsch avec les candidats Royal et Sarkozy, vous découvrirez que la politique n'est pas qu'un espace de coups tordus pour alimenter la presse et les blogs...

De quoi reprendre un petit verre d'optimisme.

lundi, février 04, 2008

Z comme Europe, Bayrou et Sarko!

Les trois faits médiatiques du 4/02/2008 en France sont :

l'Europe dont le nouveau traité vient d'être adopté par le congrès à Versailles. Revers sévère pour les nonistes qui n'arrivent plus à mobiliser (mais ont-ils réussit à mobiliser sur ce thème?) sur le sujet principal : le traité.
Le Plan B (Buffet ou Besancenot) n'a pas eu lieu, le plan F a foutu le camp et profitera bientôt de l'Europe pour ouvrir une nouvelle galerie d'art (voir l'Express) le plan M, du député Mélenchon n'a même pas franchi la porte de ses lèvres. C'est donc le plan Zéro qui est adopté, un plan qui élimine toutes les bonnes avancées pour conserver le minimum, un plan après 2 ans perdus! Merci qui????

Bayrou, en tête selon un sondage pour les municipales à Pau en cas de triangulaire. Un rayon de soleil, mais point noir, si Bayrou fait 39% la liste UMPS fait 38%, le maire sortant est lui bon pour la cueillette, à moins qu'une alliance anti-Bayrou se trame... Digne d'un film Z...?

Sarkozy, enfin revient dans les médias sous le Z de politique, sous le Z de Zorro, avec encore un bon plan, celui de Gandrange. Objectif : sauver le soldat Mittal à moins que ce ne soit les petits soldats des municipales. Trève d'ironie et attendons de voir, le pire n'est pas souhaitable pour les ouvriers de l'aciérie. S'il se dégage un plan viable tant mieux. En tout cas il a l'air de bon poil le président.

Enfin, si vous avez oublié de fêter les Véronique (bonne fête chérie), rattrapez vous avec Agathe.

dimanche, février 03, 2008

Le Modem marche sur la tête

C'est toujours un peu difficile d'écrire sur un parti auquel on appartient, surtout quand ce même parti entre dans des zones de turbulences et que l'on est soit même impliqué...


Pourtant j'y vais de mes piques volontiers planter quelques bandrilles dans les écharpes oranges qui se déchirent. Et pour cause, la rupture réalisée par Bayrou avec l'UDF traditionnelle pose autant problème aux nouveaux adhérents, issus souvent de la "sociale-démocratie" que des anciens, plus habitués à l'alliance avec le RPR et l'UMP.

L'analyse de fond est bonne, car la gauche socialiste à ne pas choisir entre la sociale démocratie et l'anti-libéralisme a tenté de faire une synthèse impossible. Bayrou a tenté lui de réaliser le hold-up parfait, et nous avec, en proposant un nouveau choix incarné par la sociale-économie.

Mais dans cette démarche qui se veut constructive, c'est la destruction qui apparaît, une lutte intestine au sein du Mouvement Démocrates. La principale raison de ce "désastre" est à chercher dans la jeunesse du mouvement et par le départ massif des cadres. En créant le Mouvement Démocrate à quelques encablures des municipales, le mouvement n'a pas pu ni su s'organiser correctement.

Ainsi les comités départementaux sont-ils devenus la possession de seconds couteaux qui ont profité du départ des "UDF" pour prendre en partie le pouvoir.

Ainsi il se trouve par exemple que j'ai reçu un mail indiquant mon exclusion de la part de mon président ou secrétaire départemental sans que pour autant cette exclusion ne fut évoquée lors du conseil départemental et sans que cela soit justifié. Je vous rassure, je suis toujours membre du Mouvement malgré ce mail il sagit bien sûr d'une intimidation, mes choix ne reflétant pas ceux des copains du président et secrétaire.

Ainsi aussi à Lyon c'est un beau bordel, une liste pro-Perben, une liste pro-Collomb et une liste pro indépendante... Et s'il n'y avait que Lyon... Car c'est bien là que se pose le problème, le Mouvement Démocrate se déchire, sans commission de discipline, sans leader autre que Bayrou, le jeu électoral se fait souvent dans les arrières cuisines politiciennes plutôt que sur la base du travail de milliers de militants.

Evidemment, la lecture de la presse montre aussi que l'UMP et le PS ne sont pas exempts de ces dérives, suspensions, exclusions et ré-intégrations sont légions dans la vie politique, car comme pour le chats, les hommes et femmes politiques pour peu qu'ils croient vraiment en eux et en leur destin, bénéficient de plusieurs vies. Pour un mouvement politique tout jeune, par contre, il n'y a qu'une vie, le PS arrive au bout de la sienne car il est au bout de son projet et devra changer de nom et de chef pour rebondir, l'UMP est en pleine maturité, le PCF à l'agonie, le FN en perte de repères aussi, et enfin le Modem se cherche et ne se trouve pas....

jeudi, janvier 24, 2008

Le plan Banlieue vu par Aziz Senni

Voici le plan banlieue vu par Aziz Senni et dont je partage malheureusement le constat...

PLAN BANLIEUE : PLAN SUR LA COMETE ?

Ca y est, nous l’attendions : il est sorti … ou presque ! Le fameux Plan Banlieue, qu'on dénomme à tort Plan Marshall... Celui que nous, habitants des quartiers, attendons depuis 30 ans... Celui qui devraient apporter les solutions aux malaises économique et social de nos quartiers oubliés... Celui qui suscite une bonne dose d'espoir et qui déclenche un battage médiatique comme sait si bien le faire notre Président de la République !
Malheureusement, les premiers contours ne sont pas à la hauteur de nos attentes.

Une nouvelle fois, on retrouve les éternels constats :
Le logement inadapté, la pénurie de transport, l’éducation de basse qualité, chômage anormalement élevé. Au moins, sur le constat, il y a consensus. Pour peu que les habitants des banlieues l'aient oublié, le Plan et Fadela Amara sont là pour nous rafraîchir la mémoire !

Mais reprenons les axes en détail :

Sur le logement : Borloo avait déjà mis en route la machine à restructurer. La misère sociale
verticale est désormais horizontale : c’est plus joli de l’extérieur mais les fins de mois sont toujours aussi dur dans les maisons à 100 000 euros. L’accession sociale à la propriété est une bonne chose mais largement insuffisante.

Sur le transport : je ne pense pas que le retour des bus publics soit la solution la plus adaptée et la moins chère pour le contribuable. Je suis professionnel du secteur puisque j'ai créé une des toutes premières sociétés de taxis collectifs, et je suis favorable à la préconisation de Jacques Attali : permettre à des personnes habitants le quartier de pouvoir exercer la profession de transporteur collectif dans la limite d’une voiture …. L’Angleterre et l’Irlande sont déjà passer par là !

Sur la venue de l’ANPE dans les quartiers : j’aurais préféré découvrir des solutions pour renforcer la présence d’entreprises dans les quartiers. J'aurais aussi aimé qu'on renforce les contrôles des entreprises bénéficiant des exonérations zones franches mais qui curieusement refusent d’employer des personnes issues de ces quartiers. Et puis surtout, j'attendais des mesures facilitant l’installation d'entreprises qui par leur taxe professionnelle permettrait à des communes pauvres de remplir leurs caisses. Là encore c’est significatif : psychologiquement le chômage, perçu comme un échec, vient désormais s’institutionnaliser au pied de l'immeuble.

Quant à la mise en place du chinois, grec et autres langues rares, c'est certes une bonne idée pour
compenser en partie la remise en cause du système de la carte scolaire qui désavantage complètement ceux qui sont issus de nos quartiers. Mais ne mettons pas "la charrue avant les boeufs" !
N'est-il pas plus important de commencer par agir sur la formation des professeurs et sur l’affectation dans nos quartiers de professeurs mieux formés et plus expérimentés.

Pour créer une élite de banlieue, nul besoin d'un énième Plan ! Seul l’action et e concret compte.
Nous sommes nombreux à ne pas avoir attendu un plan pour travailler sur les valeurs d’excellence, sur le rêve et l’espoir de réussite par le travail, l’économie, l’éducation, le sport ou la politique.
Le dispositif "Sciences Po", le combat pour la diversité dans les entreprises et les partis politiques, la valorisation active de la création d’entreprises et du développement économique : voilà des démarches concrètes qui commencent à porter leurs fruits ! Mme Amara pourra t-elle accélérer le mouvement ? J’en doute car où le Gouvernement trouvera t-il le milliard demandé et non budgété dans une situation économique aussi dure et des caisses qui n’ont jamais été aussi vide.

Je ne me fais aucune illusion, la banlieue émergera d’abord par ses habitants.

Une fois encore, ce Plan banlieue est un plan sur la comète qui développera de nouvelles frustrations à la hauteur des espérances qu’il aura créées.

Aziz SENNI
Fondateur du fond d’investissement BAC (www.scr-bac.fr)
Auteur de « l’ascenseur social est en panne, j’ai pris l’escalier »

lundi, janvier 21, 2008

Et krach! Je l'avais dit fallait vendre avant!

Les économies vivent des fins de cycle violentes, en voilà une nouvelle fois malheureusement, la preuve.

Après la l'éclatement de la bulle internet, voici la fin de la "bulle immobilière", en fait la fin l'endettement des ménages américains par les crédits hypothécaires. Mais pas seulement, le risque est en fait plus important qu'une simple crise de spéculation, c'est l'emballement de la croissance mondiale qui est en cause.

Avec les risques de hausses inflationnistes d'une part et les risques de récession d'autre part les banques centrales doivent ajuster leurs politiques monétaires en choisissant soit le ralentissement économique avec risque de récession en augmentant les taux d'intérêts, soit le risque inflationniste en baissant les taux pour relancer l'économie (avec en prime la permanence d'une crise de liquidité liée à l'absence de vision des banques sur leurs risques crédits).

Bref, les finances mondiales entrent dans une cure classique d'assainissement, entrainant les économies les moins performantes dans les tourments économiques, et la France sera de fait touchée. Pourquoi? Parce que l'endettement de l'Etat et des ménages ont été poussés aux delà des limites permises. Les marges de manœuvre de relance par la consommation sont quasi nulles (l'immobilier en France est touchée par une hausse excessive sur les 6 dernières années et ne permet plus aux classes moyennes de s'endetter pour se loger). Ensuite en période d'agitations personne ne prend de risque inconsidéré, l'attente de la fin de la crise est souvent la meilleure solution.
Enfin la France n'a pas résolu ses problèmes structurels de croissance pour moderniser son économie, avec la crise et l'absence de marge de manœuvre financière, la France se retrouve à nouveau dans une situation qui met en péril le "modèle social" à la Française.

Je l'avais dit en aout, faut vendre et attendre, maintenant faut-il croire à la croissance de 2% pour 2008? Non, pour deux raisons majeures : la première est le risque de voir la Chine "bouger" avec les JO de Pékin et ce malgré le contrôle des polices chinoises (surtout si l'inflation se poursuit ou si les US entrent en récession) la deuxième tient dans l'attentisme qui est inévitable lors des périodes de crises et particulièrement à quelques mois d'échéances électorales d'importance : les présidentielles aux USA...

jeudi, janvier 17, 2008

Sarko : l'absence de vision économique

Le titre n'est pas là pour choquer ni attirer le lecteur, il est le fruit d'un constat. La politique économique du chef de l'Etat manque de vision et de cohérence.

Affirmation péremptoire diront les soutiens au président. Alors voyons ensemble... N'est ce pas péremptoire de confiner sa vision de l'économie sur le volontarisme en décrétant 2,5% de croissance par an?

Ensuite les "réformes" effectuées jusqu'à présent concernent essentiellement la relance de la consommation. Or la réforme économique doit avant tout s'attaquer à la compétitivité de nos entreprises.

Tous le crient à longueur de micro, université, recherche, innovation et pôle de compétitivité doivent être le fer de lance de la nouvelle économie Française. Certes, là aussi un travail intéressant est amorcé, mais rien sur la compétitivité des entreprises.

Or pour réussir cette transformation il existe un rapport fort intéressant "Pour l'industrie" de mars 2007 qui explique les grandes lignes à suivre :

  • - Réforme de la TP pour ne plus pénaliser les investissements lourds qui sont nécessaires dans les nouvelles industries
  • - Mettre fin aux exonérations des charges sociales qui privilégient les emplois non qualifiés au dépends des investissements pour moderniser l'appareil productif et la création d'emplois qualifiés (donc mieux payés, ce qui devrait être une piste à creuser pour augmenter le pouvoir d'achat)
  • - Une réforme fiscale pour permettre aux entrepreneurs de se développer tout en restant en France ou sous capitaux français

Il est temps il me semble pour Sarko de revenir à l'industrie et à des incitations pour l'emploi industriel qualifié, sinon le risque est de voir les capitaux étrangers poursuivre leur razzia sur nos entreprises pour les pomper (financièrement et intellectuellement) avant de repartir.

Malheureusement les marges de manoeuvre ayant été sacrifiées sur l'autel de l'électoralisme, ces réformes s'avèrent encore plus délicates en 2008 qu'en 2007.